Quand je passais la moitié des vacances scolaires chez ma mère (parents divorcés, je vivais chez mon père), j'étais loin de mes amies.

Heureusement mon beau-père leur avait trouvé un remplaçant fabuleux.

Non pas une Barbie.

Ni un jouet quelconque

Pas non plus un animal de compagnie

Non un homme exceptionnel

Virtuel certes, mais si vrai

Pas Walt Disney, non

Un homme qui m'a fait découvrir un univers glamourissime dès l'âge de six ans

Sacha Guitry

Pas besoin de babysitter, il suffisait de me mettre devant Désiré ou Quadrille et vous aviez la paix pendant une heure trente.

A huit ans je connaissais par coeur les répliques de "Faisons un rêve"

A douze ans je n'avais d'yeux que pour "Le Roman d'un Tricheur" qui reste mon film préféré de tous les temps.

L'élégance de Jacqueline Delubac, la finesse des dialogues, des jeux de mots de Guitry, la mythique Pauline Carton, un univers qui ne pouvait que me faire aimer le rétro quand mes copines adulaient Brad Pitt et Patriiiick. Autant vous dire que j'était relativement incomprise.

Aujourd'hui j'ai été voir l'expo Sacha Guitry à la Ciinémathèque française à Bercy. Ça m'a fait un drôle d'effet. Je n'ai pas revu ces films depuis des années les copies de mon beau père étant des cassettes maintenant dans sa cave. C'est comme si j'avais retrouvé mon meilleur ami. Celui qui a toujours été là quand je me sentais seule. Celui qui m'a montré que dans la vie on pouvait être léger et intelligent, que drôle n'est pas synonyme de stupide. Mine de rien ça laisse des traces !

L'expo est particulièrement bien faite. Les supports sont variés : vidéo, audio, dessins, photos...

Une idée assez magique : Il y a un coin avec des fauteuils où l'on doit s'asseoir ici pour entendre Sacha expliquer comment on monte une film, là pour connaître ses pensées les plus folles, ici pour écouter un célèbre monologue...

Les photos sont étonnantes comme ce Sacha à l'ombrelle qui illustre ce billet. Grand moment d'autodérision, non ?
On le voit aussi atablé à côté de Chaplin dans une peinture. Plus loin il raconte avoir demandé à un célèbre peintre son pinceau et que le voyant en choisir un utilisé, le maître lui aurait dit :" Mais prenez en un neuf que vous puissiez au moins en faire quelque chose !" Humilité quand tu nous tient... Je vous laisse décvouvrir de qui il s'agit en vous rendant à l'expo !

Sur un mur des écrans de télévision s'allument alternativement sur les génériques de ses films les plus célèbres, des génériques mille fois plus inventifs et plus drôles que de simples noms à la fin du film que personne ne lit. Un coup Sacha présente ses acteurs les uns aux autres, un autre il commente les arrivées au studio des uns et des autres, dont la sienne où il explique là sort le réalisateur, puis l'auteur, puis l'acteur principal (toujours lui qui sort donc trois fois), et il remarque que cela explique la taille du véhicule (une magnifique berline). Ce genre d'humour me fait mourir de rire.

Bref si vous aimez un brin ce qui est rétro, fantaisie, étonnant, courrez voir Sacha à la cinémathèque, je vous prête mon ami d'enfance, vous verrez, c'est une excellente fréquentation !