"Etre private stylist ne s’improvise pas, surtout quand on à faire à deux milliardaires en voyage d’agrément en France, séjour faisant partie d’un lot acheté pour quelques millions de dollars lors d’une vente de charité…
C’est ce que m’a expliqué mon supérieur, à la veille de cette journée de shopping parisien durant laquelle j’allais devoir éviter à mes deux clientes ce sentiment qui atteint si facilement les personnes trop riches : l’ennui.
Ce matin là, une fois n’est pas coutume, une voiture m’attend en bas de chez moi, très longue, très noire, très chic. Je rencontre le chauffeur, du même âge que moi, qui va être mon complice pendant cette journée.
Nous nous dirigeons vers l’hôtel où nos clientes nous attendent pour 10h30. En l’occurrence, c’est moi qui vais les attendre, ces dames n’étant pas prêtes. Il est étrange de constater que le fait de m’occuper de ces deux clientes prestigieuses me confère un certain pouvoir : le personnel de réception m’offre un petit déjeuner au bar de l’hôtel. Ca commence bien !

A 11h30, je suis sur le pied de guerre dans le hall, quand, accompagnées par le concierge, mes deux clientes font leur apparition. Quinquas chics californiennes, arborant un visage parfaitement figé mais gracieux, l’une en Prada, l’autre en Fendi ; nous nous saluons chaleureusement avant de prendre place à bord du luxueux véhicule.
Immédiatement les deux divas me font part de leur désir de changer d’hôtel, trop simple à leur goût. Je règle ce détail tout en les écoutant me raconter qu’elles veulent découvrir le marais et ses petites boutiques… qu’à cela ne tienne, nous voilà débarquant rue des Franc-Bourgeois pour une visite impromptue chez Barbara Bui. Les deux élégantes sont enthousiastes et la quasi-totalité de la collection y passe.
Coup d’arrêt sur les platform shoes qui les intriguent : « how are you supposed to walk with that ?? ». Ce sera la question du jour. Mais déjà, elles ont en tête une nouvelle activité. N’y a-t-il pas en effet le musée Picasso dans le Marais ?? Réservation effectuée au téléphone, la rutilante Mercedes nous dépose à l’entrée de l’hôtel particulier sous le regard médusé des touristes qui à l’heure où j’écris ce billet n’en reviennent toujours pas.
En à peine 25 minutes, l’intégralité du musée est visité, ponctué de petites remarques de ce genre : « I have one Picasso that looks like that at home… ». Charmant. Mais nous ne nous attardons pas, car déjà les deux américaines ne résistent pas à l’appel de leur carte black infinity, et nous voilà rue Malher, chez Paule Ka pour quelque essayages, et une crise d’hystérie face aux platform shoes à la hauteur vertigineuse et semelles en plexi.

Rue des Rosiers, dans la toute nouvelle boutique Patrizia Pepe, tandis que l’une se rue sur une veste en cuir, l’autre agrippe avec ferveur un sac argenté. Je conseille d’un air attendu à cette dernière de patienter pour acquérir un sac car j’ai une idée fantastique pour elle. A ce moment là, je sens qu’elle m’aime !
Mais il est déjà 13h15, et je leur ai réservé une table chez Drouant, pour un déjeuner chic et parisien. Alors que nous montons en voiture rue des Rosiers, celle qui porte du Prada sort son gloss Yves Saint Laurent et son amie s’écrie qu’elle veut le même. Très pro, je leur propose de m’occuper de leur stock de gloss, pendant le déjeuner.

Sitôt ces dames déposées au restaurant où elles sont placées à côté de M. Douste Blazy qui déjeune là ce midi, je rejoins William le chauffeur, qui me dépose telle une star devant les Galeries Lafayette, où je me rue sur le stand Yves Saint Laurent Beauté muni de ma liste de 15 couleurs de gloss à acheter, sous le regard surpris de la vendeuse qui m’offre tout de même un joli miroir en édition limitée Festival de Cannes.

De retour chez Drouant, on m’informe que mesdames n’ont point terminé mais qu’elles jubilent devant leurs plats. Quant à moi, on m’offre gracieusement un dessert et un café, au bar, assis à côté des gardes du corps de Douste…
Et puis c’est reparti pour un tour, avec une visite éclair de Notre Dame, un passage obligé au Montalembert où l’une a séjourné dans le temps, puis direction avenue Montaigne, où la journée s’achèvera dans un délire vestimentaire chez Chanel, Dior, Jimmy Choo, et Celine – où la passionnée de maroquinerie trouvera son bonheur avec le Bittersweet dans sa version Python Argenté.

Nous raccompagnons alors les deux amies émerveillées et épuisées à leur hôtel, où deux grooms ne suffiront pas à extirper du coffre la multitude de paquets estampillés.
Je salue mes clientes, remonte en voiture, des paillettes pleins les yeux… en chemin, mon téléphone sonne : « Emmanewel ?? This is Mrs T. Did I tell you that we’ll be back on Friday??? I hope you’ll be with us!!! ». Je vous laisse deviner ma réponse ! "

Merci Manu Prince S d'avoir partagé cette drôle d'expérience avec nous !