8h30 : J'ouvre un oeil. Aie il est déjà tard. Oublié le réveil. C'est celui de mon homme qui vient de sonner. A peine le temps de prender une douche, j'enfile un pull, un jean, mon manteau, mon sac avec le ELLE dedans en cas d'attente, mais à cette heure là ça devrait aller... et me voilà dehors. Avant mon homme, chose qui n'arrive pratiquement jamais vu que je travaille à la maison. Drôle de situation, amusée et de bonne humeur je file vers le lieu de toutes les tentations qui dieu merci est à 200 mètres de chez moi.

Il est déjà 8h50 quand j'atteins la file d'attente. Il y a déjà au moins cent cinquante filles devant moi. Il y en a qui sont vraiment prêtes à tout pour la mode ! Bon c'est vrai j'en suis mais ce n'est pas non plus Chanel ni même Paul&Joe, faut pas pousser, ce n'est que Sandro !!!
La vente est sensée ouvrir à 9h, mais ce n'est qu'à 9h15 que quelques filles commencent à entrer. Plus le temps passe plus la file s'éapaissit : des filles qui viennent en banc de cinq rejoindre une copine qui en bonne samaritaine faisait la queue. De cent cinquante filles devant moi, on passe à un bon trois cent ! Du coup ça n'avance pas. Mais pas du tout.

10h : Coup de fil de la méchante, elle est dans le quartier, elle a un peu de temps entre deux rendez-vous, elle veux me rejoindre dans la file. Je fais ce que je reprochais aux autres deux lignes plus haut, je l'intègre à la queue. On papote, le temps passe beaucoup plus vite, mais la file n'avance toujours pas. Je sens mon corps se geler petit à petit. En plus je n'ai pas eu le temps de prendre un thé avant de partir. Je me prends à rêver d'un bon Earl Grey Impérial Mariages confortablement installée dans mon tout nouveau tout beau Chesterfield rouge brique... Hum... Des cris me sortent de ma rêverie, ma voisine de devant fait un scandale car une jeune fille a osé intégrer sa mère dans la file. Elle a raison, mais c'est loin d'être la première à passer devant. Le plus drôle c'est que deux minutes après, cette même scandalisée va abandonner et rentrer chez elle.
Avec la méchante on se raconte nos histoires de file d'attente, qui n'a pas une histoire de file d'attente ? On rigole, on dédramatise. Mais pas de chance, elle doit déjà repartir travailler, un rendez-vous à 11h30. Un de ces rendez-vous où on ne peut pas arriver avec 30 minutes de retard en prétextant une vente presse exceptionnelle...

Seule dans la file au milieu d'une nuée de filles de plus en plus hystériques, je sors mon ELLE. Mais j'ai trop froid aux mains pour tenir longtemps. Pas pris mes gants, je ne pensais pas attendre si longtemps et je n'avais pas réalisé qu'il faisait si froid. Devant moi, une fille dit qu'il y a aussi Paul&Joe aujourd'hui. J'espère que ce n'est pas vrai et que l'attachée de presse ne m'a pas oubliée car ce sont vraiment celles qui me tiennent le plus à coeur.
Encore environ 80 filles devant moi. On les fait rentrer cinq par cinq tous les quarts d'heure. Je n'ose même pas calculer le temps qu'il me reste à attendre. Une fille qui ressort avec un gros sac va voir ses copines dans la file. Elle leur dit qu'il n'y a plus que de la taille trois et une file interminable à la caisse. Je n'avais pas intégré la caisse dans mon calcul. Je me rapproche de l'entrée, j'aperçois une nuée de filles. Impossible d'essayer. Pas de mirroirs. Et effectivement au moins une heure d'attente à la caisse.
J'aime la mode. J'aime les fringues. Mais là trop c'est trop. Attendre deux heures dans le froid, se battre à l'intérieur puis attendre encore au moins une heure à la caisse, je ne fais pas ça pour Sandro. Pour Chanel à la rigueur. et encore. Le clou du spectacle, le videur nous crie dessus, il faut reculer. Le peu de dignité qu'il me reste me rappelle à l'ordre, des soldes de presse, il y en aura d'autres, je passe mon tour, je rentre boire mon thé et figurez-vous que je commence à peine à me réchauffer !