Angélina, ce salon de thé rue de Rivoli, c'est toute mon enfance. Ma mère m'y emmenait boire un thé après une prommenade au jardin des Tuileries ou dans les boutiques de la rue Saint-Honoré. On prenait du Darjeeling et une tarte au chocolat "Victoria" particulièrement forte en cacao et surmontée d'une délicieuse violette au sucre. Chocolat amer qui m'a appris à apprécier le vrai chocolat. Violette qui m'a donné le goût de cette petite fleur raffinée. De temps en temps, j'y retourne, avec elle ou avec une amie pour retrouver ce goût unique, c'est un peu ma madeleine de Proust...
Seulement hier, rien ne s'est déroulé comme prévu. Arrivée chez Angélina il n'y a plus de tarte au chocolat. Ah le succès de cette pâtisserie ! Je demande quand même à la serveuse si par hasard il en restait une petite quelque part... Etonnée elle me répond que oui bien sûr il y en a plein. Juste là sous mes yeux. Je re regarde. Rien. Enfin rien qui puisse ressembler à ma tarte au chocolat. Mais si mademoiselle, là ! Ce dôme bizarre tout brillant ??! Oui. Non ?!
Mais elle a changé ? Oui maintenant il y a de la pâte d'amande au fond et du glaçage dessus. Et plus de violette ? Non plus de violette. Mais le patron est là si vous voulez lui parler... Eh comment.
Pendant que je paye Mlle E se précipite sur lui et lui fait part de son désarois face à la disparition de la violette. J'arrive et en rement une couche en réclamant un chocolat pur sans amandes ni glaçage. Nous menaçons de monter un comité pour le retour de la tarte originale. Il nous écoute amusé et étonné de notre attachement à ce qui n'est pour lui qu'une tarte au chocolat. Puisqu'il n'a pas l'air de nous prendre au sérieux, Mlle E fait allusion au fait que Ladurée met une violette sur ses religieuses à la violette. Il nous promet de remettre la violette à condition que nous goûtions la nouvelle recette de la tarte avant de monter notre comité. Nous avons prévu d'y retourner mercredi prochain pour vérifier si la violette est bien revenue et négocier un retour de la vraie Victoria. Nan mais.