Après trente bonnes minutes de queue dans un couloir aux murs en marbre, on nous place d'office sur la terrasse couverte, alors que la pluie menace. Il faut avouer que le décor en vaut la peine, si tout est délicieusement old fashion à l'intérieur, nous nous installons face à la petite cour du jardin, charmés par le chant des petits moineaux (le casting de volatile est efficace, aucun gros pigeon maladroit dans les parages). Du romantisme à l'état pur. Premier coup d'œil à la carte et première inquiétude, ici pas de place pour la fantaisie, hormis la boisson et le dessert au choix, tout le monde est au même régime.

Après de multiples tentatives pour passer la commande, une certaine Sabrina arrive et nous balance un « Ah non, nous ne servons plus de brunch, je viens de vendre le dernier à la table juste avant vous ». Forcément j'éclate de rire, quelle bonne blague ! Nous verrons par la suite que l'humour n'est pas leur fort. Sabrina répète, l'air tout à fait sérieux, qu'elle ne nous servira pas de brunch. J'appelle le maître d'hôtel, qui nous explique que comme le brunch n'est servi que le dimanche (ah bon ? tiens…et on est quel jour au juste ?) ils ne font de viennoiseries que ce jour là, et qu'ils n'en ont plus à cette heure-ci. C'est vrai qu'arriver à 13h30 pour un brunch c'est carrément indécent, non ? Et puis demander à un restaurateur de prévoir les quantités nécessaires à sa clientèle, faut pas pousser…

Qu'à cela ne tienne, nous essayons d'obtenir la même formule, en remplaçant les viennoiseries par une pâtisserie supplémentaire, pour compenser. Diantre ! Nous avons aussitôt droit à un discours outré sur la différence de prix, en centimes, entre un mini croissant et une part de gâteau, et laissez moi vous dire que le risque d'endettement était grand. Puisque nous devons renoncer aux pains au chocolat, nous nous contenterons de pain-beurre-confiture. Il accepte. Alleluia.

Méfiez vous le jus d'orange n'est pas frais pressé, le thé a un goût d'eau de vaisselle, mais le chocolat est bon. Le pain est vulgairement découpé, mou et sec à la fois, bref, caoutchouteux. Sans parler de l'arrière gout de javel. La confiture n'est pas maison, et il n'y a qu'un seul parfum, abricot, si ça ne plait pas tant pis.

Le meilleur c'est qu'il n'y a pas d'assiette, le tartinage de haute voltige fait des adeptes. Les couverts ne sont pas changés, c'est donc avec mon couteau abricoté que je coupe mon saumon, qui de toute façon trempe déjà dans la vinaigrette de la salade, qui est elle-même sans intérêt. Les pâtisseries sont bonnes et les portions correctes, mais pas de quoi se taper la tête contre les murs.

En fin de compte, c'est assez usant d'avoir à marchander son repas, je sais que nous étions dans un cadre historique, mais de là à revivre l'époque des tickets de rationnement…