Vendeur de luxe ??
Ecrit par Manu Prince S, jeudi 5 octobre 2006 à 10:26 :: Mon monde est fou :: #214 :: rss
Quand on cherche on trouve, certes mais quand il s'agit de travail, il arrive qu'on prenne de drôles de chemins... ou comment je me suis retrouvé vendeur avenue Montaigne en cherchant un job dans le developpement de produits de luxe !10h12 : fin du brief, début de la journée, je découvre la boutique et les réserves avec la première vendeuse. Bien.
11h : on me fait ranger une pile de pantalon, ce qui n’est pas évident, car ils sont tous noirs mais la couture est différente, ou le bouton pas placé au même endroit… bref, travail peu attractif qui commence à me paraître étrange... Est ce une épreuve de patience pour mon job dans les bureaux ?
11h30 : premières clientes, de pauvres parisiennes oisives qui se baladent et claquent 3500 € en moins d’un quart d’heure. Je suis pas blasé, elles n’ont acheté qu’une paire de bottes chacune et un sac à main… Je commence à réaliser qu'on va me faire faire la journée dans la boutique...
11h50 : un jeune femme étrangère arrive, les mains dans ses poches, sans sac. Elle explique qu’en se réveillant ce matin au Plaza, où elle séjourne, elle a eu envie d’un nouveau sac à main, et qu’elle est donc venue seulement munie de sa Visa Black Infinity et de son téléphone. Elle repart une demi heure plus tard ravie, un sac à l’épaule, et allégée de 1230 €, dure vie.
13h : j’ai faim, j’ai envie de m’asseoir, mais ici on doit aller manger l’un après l’autre (et donc seul), et apparemment il est strictement interdit de se vautrer dans le canapé en face des cabines d’essayages. Je patiente.
14h45 : pause ! Enfin ! Je cours me sustenter chez Cojean, et j’en profite pour finir mon bouquin puisque de toutes façons je suis seul… En rentrant à la boutique je remarque que Montaigne grouille de beau monde, effet fashion-week. Ça donne envie !
16h : je réalise ma première vente ! Un manteau à 1300 € !! La mamie chic pleine de diamants ne sait pas si elle en veut un en cuir ou un en laine, puis après une heure d’essayages, entrecoupés de va et viens vers d’autres articles (elle va me faire sortir à peu près 20 sacs à main…), elle me jette deux billets de 500, un de 200, et un de 100, et me demande de préparer le manteau, elle viendra dans deux heures le reprendre, après sa virée et son thé au George V. Cash la vieille !
18h15 : Diamond Mamie partie, la boutique se calme et, après le passage de trois Tokyo girls milliardaires hystériques de moins de 20 ans (une dizaine de milliers d’euros à trois, et un chauffeur pour récupérer les paquets), c’est au tour de deux princesses saoudiennes de faire leur entrée. Très autoritaires, elles parlent un français châtié et malgré leurs faciès botoxés et leurs ongles manucurés, se comportent comme deux pétasses à abattre sur le champ. Elle désignent les chaussures qu’elles veulent en les faisant tomber des étagères, mais la personne qui s’occupe d’elle est la directrice de la boutique, et à aucun moment celle-ci ne perdra le contrôle. Chapeau !
19h00 : la journée se termine quand telle une furie, Diamond Mamie rapplique pour entrer en possession son manteau, chargée comme une mule de sacs CHANEL, DIOR, FENDI,… et j’en passe. Au moment de prendre son manteau elle avise un sac à main, visiblement son péché mignon, et finalement elle l’achètera après 25 minutes de dialogue sur le sac à main en 2006. Deux fois 1300 € pour une première journée, je suis plutôt fier de moi. Mais épuisé et le dos en compote, sans compter le mal de tête du aux spots lumineux…
Bilan : je ne suis pas près de recommencer, d'ailleurs ceux qui m'ont cru vendeur vont sûrement me proposer autre chose. Mais sachez que les vendeuses ne sont pas de vilaines filles. Leur boulot n’est pas très facile, ni très valorisant, mais elles semblent le faire avec un réel désir de satisfaction.
Et vous, vous avez vécu ce genre de malentendus ? Est ce que vous avez découvert par hasard un univers qui n'était pas tout à fait le vôtre ?
Un autre billet de "Mon monde est fou" : International people star of the world
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Réactions pour "Vendeur de luxe ??" ...
1. Le jeudi 5 octobre 2006 à 11:01, par Pauline
Et ben il faut de la patience. Ca doit faire bizarre de voir autant d'argent dépnsé si vite et comme si c'etait "naturel". C'est en lisant ca que je me dis qu'on est vraiment pas du meme monde
Enfin en tout cas l'article confirme que vendeur c'est pas de tout repos, autant dans le luxe que chez H&M aux soldes j'imagine ...
2. Le jeudi 5 octobre 2006 à 11:10, par Finedel
Je me sens concernée par ce que tu évoques Caroline. 6 ans de vente dans le luxe et l'impression de n'avoir jamais vraiment appartenu à ce monde. Le luxe est une excellente école de la rigueur et surtout de la diplomatie (voir self-control dans certains cas!). J'en suis sortie n'en pouvant plus des collègues se prenant au sérieux à force d'évoluer dans ce milieu et de la course à la commission où tous les coups sont permis. Heureusement, j'ai quelques bons souvenirs de clients fidèles et humains avec qui j'avais pu installer une relation de confiance et qui ne me considérait pas comme "la petite vendeuse au QI de bigorneau". Ma plus belle rencontre improbable : Juliette Binoche, une grande dame !
3. Le jeudi 5 octobre 2006 à 11:45, par bene
Ouaaah, j'aurais pas tenu deux heures, chapeau ! Surtout avec les princesses saoudiennes ...
Moi j'ai été serveuse chez Hippopotamus pendant 15 jours. 15 jours à servir 8h par jour avec des talons (obligatoires), à me remaquiller toutes les deux heures (sinon remarque désagréable du responsable), à m'escrimer à me vernir les ongles (obligatoire, et que je ne savais pas faire), à porter des boucles d'oreille aimantées (obligatoire et pas les oreilles percées)... Bref, les deux pieds dans un monde qui n'était pas vraiment le mien, puisque j'avais l'impression de me trouver à mi chemin entre la serveuse et l'hôtesse de bar américain, et tous ces efforts de présentation pour une chaîne de restos franchement cheap et la clientèle qui va avec (à Marseille en tous cas). Aujourd'hui je me maquille, porte des talons et des bijoux parce que ça me fait plaisir, pas pour aguicher le client, et c'est tellement mieux ...
4. Le jeudi 5 octobre 2006 à 12:05, par natural born blonde
Belle perf' Manu, il fallait le faire.
Je ne me suis jamais retrouvée par erreur à découvrir un autre monde, mais mon expérience en tant que "vendeuse-conseil en puériculture" pourrait tenir un peu de ça... Deux ans dans un monde malgré les apparences assez fermé, et très bien contrôlé!
Sinon mon nouvel amoureux me fait découvrir les "métiers de la scène" (il est intermittent), et je dois dire que c'est plutôt intéressant.
Mais n'est-il pas vrai que les métiers des autres restent toujours des mystères pour nous? On a toujours du mal à retrouver l'intitulé exact d'un poste, ou même ce qu'il implique lorsqu'il s'agit de milieu différent...
5. Le jeudi 5 octobre 2006 à 13:28, par Leslie
Eh bien bravo Manu,tu as fait preuve de beaucoup de patience!J'espère que la commission a été à la hauteur!
Par contre,j'ai pas trop compris comment t' avais atterri là...
6. Le jeudi 5 octobre 2006 à 13:57, par Finedel
Mille excuses Manu ! Je n'avais pas vu que c'était toi l'auteur de l'article. J'ai lu trop vite.
7. Le jeudi 5 octobre 2006 à 14:23, par ptite baby
Moi je n'ai fait que ça des boulots qui ne me convenaient pas!
Surveillante en collège et maintenant en lycée
Equipière chez Mac Do (non plus jamais on me reprendra à aller chez eux! Je préfère vivre sous les ponts avec ma garde robe que postuler chez eux!)
Vendeuse dans une boutique d'occas (des bijoux cartier, gucci...)
Permanencière au Samu et moults petits boulots.
Bref, rien de bien concluant pour moi. Je cherche, je cherche mais bon.
Un jour je trouverais peut être ma voie (ou un jour...)
8. Le jeudi 5 octobre 2006 à 15:54, par Manu Prince S
Merci Natural Born Blonde, Finedel, Leslie et les autres pour vos messages!!

Leslie : je recherche un poste en dvpt produit de luxe, type chef de produit, ma branche puisque je suis diplomé en Markting du Luxe. mais ma lettre est arrivée par erreur en boutique et ils ont cru que je voulais faire de la vente. Ils m'ont convoqué pour une journée d'essais, bien que je n'ai jamais fait de vente avant... J'y suis allé, ne serait-ce que pour le raconter. Mais j'ai tout avoué à la directrice, qui m'a félicité pour ma motivation, et mon CV est actuellement au service marketing... Qui sait, peut être que je vais trouver le bon job grâce à ça!
9. Le jeudi 5 octobre 2006 à 21:34, par julie
ahah ca casse la routine au moins :D
tu etais dans quelle boutique si ce n'est pas trop indiscret??
super anecdote en tout cas !
10. Le vendredi 6 octobre 2006 à 08:57, par Andréa
Super ton billet ,je suis très friande de ce genre d'anecdotes.
Mais en tout cas dit-toi que meme si ça n'a pas été très concluant ,ça t'a apporté une certaine expérience qui te servira toujours.
( c'est ce que je dis à mon fils chaque fois qu'il quitte un boulot qui ne lui convient pas)
Tout vient à point qui sait attendre!
11. Le lundi 9 octobre 2006 à 23:36, par Kaloo_star
Moi, quand j'étais au creux de la vague, j'ai postulé pour un job de H Caissier (?). Naïvement, je pensais homme de caisse, hors il s'agissait d'Hermès. Qui évidemment, ne publiait pas son nom pour ne pas crouler sous les demandes. On ne sait jamais, des fois que les caissières des Leclerc se seraient imaginées détenir le standing pour entrer chez Hermès. Et bien à l'intérieur, c'était loin d'être de tout repos. Une vraie ruche. De 11H30 à 17H30, le magasin de faubourg, une belle bâtisse décorée comme un musée au charme poussiéreux, s'agitait des sous sols jusqu'au dernier niveau. Il circulait des ragots aussi gros qu'une maison sur les uns et sur les autres, le vendeur quadra à la mèche lisse qui adorait les b... de noirs, la vendeuse de cravates qui se faisait serrer dans les réserves par le manutentionnaire aux yeux ronds ou la vendeuse de carrés qui s'était tapée le directeur du magasin et était devenue attachée de presse... Bref, des histoires de fesses du matin au soir, parmi des vendeurs et des vendeuses aigris de ne pas mener la vie jet-set de leurs clients. Car, côté clients, c'était la belle vie. New-York en hiver, Paris au Printemps, Saint Barth' en été ou Saint Trop' le week-end, des familles "'de", des people, des maîtresses, des amants... parfois les deux pour un même homme... Enfin, des vertes et des pas mûres, mais tout cela avec beaucoup d'élégance, dans une débauche de yens ou de dollars. Les sommes dépensées étaient pharaoniques. Du modeste carré à 250 €, imprimé "brides de gala", un horrible imprimé dont raffolent les versaillaises et les habitantes du septième arrondissement, au bracelet-manchette en diamants "motifs H", à 1,2 millions (de francs) et acheté en 7 minutes par une américaine aussi sublime que Sharon Stone, alors qu'elle était déjà en caisse. Les magouilles entre vendeurs culottés et clients asiatiques étaient hautement pratiquées. Un sport risqué, de haute voltige, que certains osaient en retour de backchiches conséquents. Enfin, toute la vie de la boutique tournait autour du produit. Des modèles souvent tartes, excepté les mythiques Birkin bags, mais d'une qualité toujours irréprochable. Un monde parallèle, qui maintenant me paraît éloigné, et qui pourtant me semblait si accessible quand j'y baignait.
12. Le jeudi 26 octobre 2006 à 17:29, par Terfanae de Caledon
On ne sait jamais, des fois que les caissières des Leclerc se seraient imaginées détenir le standing pour entrer chez Hermès....
Kaloo , ceci est mon premier commentaire ici , et , mon dieu que j'ai horreur de celà ...
Mais voilà , qu'est ce qui te fait croire qu'une caissière de leclerc ne peut avoir le standing d'Hermes, elles ne sont pas formatées, a ce que je sache, a faire ce job toute leur vie...Si?
Moi , j'ai pas spécialement la tête de mon emplois, on me prendrait peut etre plus pour une jeune fille au pair, vu mon visage de gaminette et pourtant je suis designer...;)
Bref, je n'aime pas ce genre de phrases qui ne veulent strictement rien dire....
Si toutefois ce n'etait là que de l'ironie, toutes mes confuses...
13. Le mercredi 20 décembre 2006 à 18:23, par benjamin
Quand on cherche on trouve
14. Le jeudi 21 décembre 2006 à 14:58, par Chris
Je bosse également dans le prêt-à-porter de luxe en Belgique et je peux vous dire que ce n'est pas de tout repos. Il faut savoir jongler avec plusieurs langues (2 voire 3 chez nous + l'anglais), tolérer les clients souvent grossiers et malpolis malgré leur fortune et faire bon profil. Nombre de célébrités ont déjà poussé la porte de la boutique et se sont bien souvent montrées beaucoup plus agréables qu'il n'y paraît et souvent moins dépensières que bon nombre d'anonymes ! Le but ultime du vendeur, c'est de vendre, dans le luxe, il faut veiller à ne pas vendre n'importe quoi à n'importe qui mais faire du "sur-mesure" pour que le client soit ravi et revienne avec plaisir et rien que pour ça, c'est une expérience qui vaut d'être vécue. Ce qu'on ne dit pas toujours, c'est que pour travailler dans le luxe, il faut, de préférence, avoir une certaine idée du luxe, de l'art, de l'architecture, du monde qui nous entoure, pouvoir en parler, connaître la mode et de préférence la porter, cela instaure un climat de confiance acheteur-vendeur. Surtout, il ne faut se surprendre à vouloir être celui ou celle que l'on a face à soi ou faire comme si car c'est une situation impossible à vivre mais qui dépend surtout de la confiance en soi et du fait d'être bien ou non dans sa peau. Chacun doit rester à sa place. Pour celui ou celle qui aime cet univers et est capable d'y trouver sa place, c'est vraiment très intéressant peut-être pas pour une vie mais en tout cas pour une tranche...
15. Le samedi 21 avril 2007 à 09:54, par eric69
Bonjour tout le monde!
Dans un mois, je vais commencer un nouveau travail chez Lancel en tant que Conseiller Clientèle dans le sud de la France. C'est très intéressant car ce sont des produits de luxe. J'aurai aimé avoir des avis de personnes ayant travaillé pour cette enseigne ou connaissant des personnes y ayant travaillé.
Merci
16. Le samedi 21 avril 2007 à 11:46, par Manu Prince S
Eric69> envoies moi un mail que je te raconte Lancel, j'y ai travaillé l'an dernier, mais au siège, département presse et rp!
NB: Lancel est une marque haut de gamme, mais pas Luxe. La qualité n'est pas au rendez vous, et la marque ne brille pas à l'international...
17. Le samedi 21 avril 2007 à 14:43, par eric69
Manu Prince, je n'ai pas ton email. Je te donne le mien pour que tu puisses me contacter et m'en dire un peu plus. ericdebievre@yahoo.fr
Merci
18. Le samedi 21 avril 2007 à 15:35, par eric69
Manu Prince, je te donne mon email pour que tu puisses me contacter et m'en dire plus au sujet de cette compagnie. ericdebievre@yahoo.fr
Merci
19. Le dimanche 29 avril 2007 à 19:22, par Clo2
Bravo Manu pour ta perf'. Je travail depuis 3 ans pour une marque joaillière dont tout le monde connait au 13 Paix mais dans leur boutique Genevoise. Il est vrai que cela peut être frustrant ce débalage d'argent mais cela est tellement enrichissant et plein de surprise. Nous rencontrons beaucoup de personnes (connues ou non) et qui avec le temps peuvent devenir des amis...
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