10h10 : arrivée à la boutique, avec 20 minutes de retard (d’habitude je bosse dans un bureau alors je ne regarde pas trop l’heure le matin..), le brief est déjà commencé. Carl, l’assistant de Mme A. la directrice de boutique explique le déroulement de la journée au personnel composé de la première vendeuse, de la vendeuse, de la caissière, et du stockman (le monsieur qui range la boutique).

10h12 : fin du brief, début de la journée, je découvre la boutique et les réserves avec la première vendeuse. Bien.

11h : on me fait ranger une pile de pantalon, ce qui n’est pas évident, car ils sont tous noirs mais la couture est différente, ou le bouton pas placé au même endroit… bref, travail peu attractif qui commence à me paraître étrange... Est ce une épreuve de patience pour mon job dans les bureaux ?

11h30 : premières clientes, de pauvres parisiennes oisives qui se baladent et claquent 3500 € en moins d’un quart d’heure. Je suis pas blasé, elles n’ont acheté qu’une paire de bottes chacune et un sac à main… Je commence à réaliser qu'on va me faire faire la journée dans la boutique...

11h50 : un jeune femme étrangère arrive, les mains dans ses poches, sans sac. Elle explique qu’en se réveillant ce matin au Plaza, où elle séjourne, elle a eu envie d’un nouveau sac à main, et qu’elle est donc venue seulement munie de sa Visa Black Infinity et de son téléphone. Elle repart une demi heure plus tard ravie, un sac à l’épaule, et allégée de 1230 €, dure vie.

13h : j’ai faim, j’ai envie de m’asseoir, mais ici on doit aller manger l’un après l’autre (et donc seul), et apparemment il est strictement interdit de se vautrer dans le canapé en face des cabines d’essayages. Je patiente.

14h45 : pause ! Enfin ! Je cours me sustenter chez Cojean, et j’en profite pour finir mon bouquin puisque de toutes façons je suis seul… En rentrant à la boutique je remarque que Montaigne grouille de beau monde, effet fashion-week. Ça donne envie !

16h : je réalise ma première vente ! Un manteau à 1300 € !! La mamie chic pleine de diamants ne sait pas si elle en veut un en cuir ou un en laine, puis après une heure d’essayages, entrecoupés de va et viens vers d’autres articles (elle va me faire sortir à peu près 20 sacs à main…), elle me jette deux billets de 500, un de 200, et un de 100, et me demande de préparer le manteau, elle viendra dans deux heures le reprendre, après sa virée et son thé au George V. Cash la vieille !

18h15 : Diamond Mamie partie, la boutique se calme et, après le passage de trois Tokyo girls milliardaires hystériques de moins de 20 ans (une dizaine de milliers d’euros à trois, et un chauffeur pour récupérer les paquets), c’est au tour de deux princesses saoudiennes de faire leur entrée. Très autoritaires, elles parlent un français châtié et malgré leurs faciès botoxés et leurs ongles manucurés, se comportent comme deux pétasses à abattre sur le champ. Elle désignent les chaussures qu’elles veulent en les faisant tomber des étagères, mais la personne qui s’occupe d’elle est la directrice de la boutique, et à aucun moment celle-ci ne perdra le contrôle. Chapeau !

19h00 : la journée se termine quand telle une furie, Diamond Mamie rapplique pour entrer en possession son manteau, chargée comme une mule de sacs CHANEL, DIOR, FENDI,… et j’en passe. Au moment de prendre son manteau elle avise un sac à main, visiblement son péché mignon, et finalement elle l’achètera après 25 minutes de dialogue sur le sac à main en 2006. Deux fois 1300 € pour une première journée, je suis plutôt fier de moi. Mais épuisé et le dos en compote, sans compter le mal de tête du aux spots lumineux…

Bilan : je ne suis pas près de recommencer, d'ailleurs ceux qui m'ont cru vendeur vont sûrement me proposer autre chose. Mais sachez que les vendeuses ne sont pas de vilaines filles. Leur boulot n’est pas très facile, ni très valorisant, mais elles semblent le faire avec un réel désir de satisfaction.

Et vous, vous avez vécu ce genre de malentendus ? Est ce que vous avez découvert par hasard un univers qui n'était pas tout à fait le vôtre ?