Quand mon réveille sonne à sept heures, je l’assomme. Il remet ça à huit heures, j’ouvre un œil. Douche, tenue de combat. A neuf heures je suis sur place. Bien que les soldes ouvrent à 9h30, je suis loin d’être la première. Pour rendre les choses plus agréables, la file d’attente est en plein cagnard. A 10h j’ai perdu deux kilos. D’eau. A 10h30, un ami passe me donner des sous pour que je prenne un top à sa fiancée. Il me ravitaille en eau. Un demi litre que je bois en dix secondes. La file avance. A 11h je rentre dans le temple de la tentation. C’est pire, et mieux que ce que j’imaginais : des cartons « Tous à 30 euros », le prix le plus cher 70 euros pour un manteau. Quand on connaît les prix Paul&Joe (le moindre top en coton, 250 euros) il y a de quoi faire une syncope.

Je remplis un énorme sac en plastique de tout ce qui me tombe sous la main. Du grand n’importe quoi. Je repère une robe blanche trop mimi. Dans la main d’une fille. Je la suis. Elle la pose, je saute dessus. Je reconnais la manche d’une robe que je voulais dans un carton. Je tire dessus. Au bout, il y a ma rédactrice en chef. Ben Caroline, c’est comme ça que tu travailles ton article sur la chance ? Euh… Réflexe de survie, je lâche la robe (je la regrette encore). Oui je teste, je viens voir si j’aurai la chance de trouver ce que je veux. Elle rigole mais ne me tend pas la robe. Mon front dégouline. Le stress ? Non, la chaleur. Sous une verrière enfermée avec 500 filles déchaînées, c’est le sauna.

Je commence à faire la queue qui fait tout le tour du lieu. C’est à ce moment-là que le tri commence. Interdit d’essayer, alors on attend de passer derrière les portants de fringues pour tromper la surveillance des vigiles. J’enfile une veste, ma voisine de file approuve. Il n’y a pas de miroirs, je dois lui faire confiance. On essaye comme ça nos sacs entiers, on a le temps, la file n’avance pas du tout. Deux heures plus tard et après maintes hésitations (je garde le gilet ou le top bleu ?), calculs foireux (Si je ne prend pas la veste, ça fait combien ?) et moments de doute coupable (et si je lâchais tout et que je rentrais bosser ?), j’atteins enfin la caisse. Bonne surprise, tout est encore mois cher qu’annoncé. Je regrette de ne pas en avoir pris plus. Trop tard, impossible de revenir en arrière. Je sors enfin de cet enfer, victorieuse, j’ai mérité ma garde-robe de rêve ! Je suis épuisée. Que la vie de fashion victim est dure !