Je la sentais venir celle-là. Pourtant je n’ai rien fait. J’ai reculé devant le ridicule d’une serviette autour du cou façon bavoir. J’ai même été jusqu'à me refuser bêtement la sécurité d’une serviette attachée à mon col. La police du style pourrait m’arrêter pour non-assistance à top en danger. D’autant que je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. Quand mon spaghetti a ripé sur le bord de ma lèvre inférieure et est retombé lamentablement dans mon assiette, je m’étais crue miraculée (et immaculée, c’est dire si j’étais optimiste) par la grâce des dieux de la tendance vu qu’il n’avait pas échoué sur mon top. Seulement voilà, un spaghetti ça goutte. Surtout quand c’est à la sauce tomate. Particulièrement quand ça tombe.

Une heure et deux assiettes plus tard (quand l’appétit va..), je file aux toilettes remettre du gloss. Et là, c’est le drame. Vous avez déjà tenté d’éliminer une tache de sauce tomate grasse datant de plus de dix secondes sur un top en soie blanc cassé ? Qui plus est avec l’eau froide du robinet des toilettes d’un restaurant branché (ce qui implique un éclairage relativement succinct ledit dit pipi room). Ce qui devait arriver arriva, la tâche énormit pour muter en auréole orangée. Là deux solutions : passer le restant de mes jours aux toilettes en espérant que l’on m’y oublie ou subir l’humiliation suprême d’une soirée entière à arborer ma tache. Au vu de mon peu de compétences et pour être tout à fait honnête de motivation pour le poste de dame-pipi, j’optai pour la seconde solution. 1ère étape traverser la salle de restaurant. La tête haute, comme si de rien n'était, je regagne la table. 2ème étape me concentrer sur autre chose, technique sensée faire en sorte que personne ne focalise sur cet énorme nuage orange au centre de mon top. Facile. 3ème étape, me rendre compte que personne ne remarque rien. Jusqu’à la fin de la soirée, aucun commentaire. Rien. Que dalle. Nada.

Et tomber dans le panneau : En tirer des conclusions hâtives. Le lendemain enfiler un affreux top démodé puisque tout le monde s’en fout. Puis me faire rappeler à l’ordre par une coïncidence désagréable organisée de toute évidence par la sévère milice de la police du style, au choix : croiser un ex avec sa nouvelle copine parfaitement habillée, pire : me rendre compte que la fille la plus ringarde que je connais porte le même top et qu’elle me fait un sourire complice.

C’est fou tout le mal que peut faire une simple éclaboussure de spaghetti, non ?