Deuxième prix : Deux places pour assister à la répétition générale, la "Couturière" le 6 septembre pour Dooshin
Son texte est si bien écrit, une évidence.
"L’Art du Burlesque & ses effets secondaires

La salle est plongée dans l’obscurité. Les spectateurs attendent, retiennent leur souffle. Le rideau se lève. La salle entière pousse un soupir de soulagement. Elle est là, la danseuse burlesque, parée de ses plus beaux atours, le sourire aux lèvres. On n’attendait qu’elle. Dans chacun de ses mouvements se mêlent grâce, humour et sortilège. Ici, c’est le décor qui est assorti à l’artiste : star de cinéma hollywoodienne, simple baigneuse des années glorieuses, danseuse échappée du 19ème… Elle choisit le lieu, l’époque, la musique même, qui seront au service de la toile qu’elle dépeint. Elle est la femme fatale, celle qui dans chaque esprit a imprimé l’idée même de la féminité. Mais attention, toujours avec élégance et espièglerie. Le sourire est le plus doux de ses accessoires et il peut se révéler plus dévastateur que n’importe quelle chute de tissu.
Gants, escarpins, dentelles, bijoux, flots, soie, satin… Chacun de ces monuments de la féminité la rend plus belle, et chacun qu’elle enlève la rend plus désirable. Car finalement, le burlesque est aussi un effeuillage, dans le sens le plus élégant du terme. Un gant tombe, un escarpin glisse et c’est la salle tout entière qui frémit. Les cris fusent, et il y a toujours cette effervescence, comme si la diva pouvait ne pas s’effeuiller, mais simplement danser sous les yeux hypnotisés de ses spectateurs charmés. Mi-candides, mi-provocateurs, ses gestes ont la grâce du naturel et du spontané ; ils sont en fait le résultat d’heures acharnées à tenter de dompter le miroir devant lequel elle s’est longuement représentée. La bride d’une sandale haut perchée ou une pince dans une chevelure à la coiffure compliqué peuvent devenir un obstacle sur le chemin de plus en plus dénudé de la danseuse . Mais heureusement, avec la pointe d’humour qui convient au burlesque, l’incident ne devient plus qu’une sensuelle provocation pour le spectateur.
Et c’est lorsque la danseuse n’est plus parée que d’une robe de lumière que le rideau tombe cruellement. La salle se lève, et l’impression est tenace de n’avoir vécu qu’un rêve, encore baigné de la lueur d’une autre époque. Mais non, la magie était bien réelle et les spectateurs s’en vont maintenant, rêveurs, pris dans les filets de l’art du burlesque…
Le lendemain, certaines se surprendront d’une envie folle de rouge à lèvre carmin, de dentelles et de porte-jarretelles. D’autres enfileront comme à leur habitude leurs bas et leurs escarpins aux talons sans fin avec, en prime, le sentiment de participer à ce magnifique spectacle qu’est la femme contemporaine. C’est ça, la magie du burlesque, une envie de rendre sensuelle le quotidien… Avant, peut-être, de s’aventurer vers de plus audacieux chemins ;)
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